Photo matons

Il me fallait des photos. Des photos de moi. D’identité.

Je me rend donc dans le métro, à la station Opéra, où je sais qu’il y a un photomaton, près des tourniquets, en face d’un petit maroquinier.

Il est bien là.

J’ouvre le rideau ; je règle le siège, je place le reflet de mes yeux à hauteur de la barre, comme indiqué sur le mode d’emploi, et… flash !  je sors et j’attends.

Je lis : Vos photos en quatre minutes.

Je portais la barbe à cette époque, à cause d’un méchant staphylocoque qui me bouffait le menton, juste sous la lèvre, un souvenir du Brésil.

Je tourne en rond, je fais les cents pas. Je jette un coup d’oeil dans la vitrine du maroquinier. Il me faudrait un nouveau portefeuille.

Un bruit derrière moi. Je me précipite.

Rien.

C’est long, 4 minutes.

Derrière le rideau j’entends quelqu’un qui sifflote. Comme on sifflote en se passant un coup de peigne.

Le flash pète à deux reprises et un type apparaît, assez fort, le cheveu auburn, la mâchoire démesurée. Il me sourit. Je fais de même. On attend tous deux comme des imbéciles nos photos.

Du conduit de la machine s’exhale de l’air chaud. Ca doit être moi ! Je glisse mon doigt dans le trou pour voir si mes photos n’y sont pas bloquées. Le type à la grosse mâchoire se penche, lui aussi, et regarde, intéressé. Il me dit d’un air affable :

— C’est long, hein !

Je lui réponds que c’est écrit quatre minutes mais que ça en fait au bas mot dix que j’attends.

“Ca, voyez-vous, c’est comme le reste… on nous ment ! “

D’un regard je l’invite à préciser sa pensée.

“On nous ment tout le temps !

Tenez, moi, par exemple, qui travaille dans un bureau (je suis dans l’informatique ; programmateur) eh bien vous n’imaginez pas ce que les gens peuvent raconter comme baratin toute la journée…!”

Je fixe le trou de la machine. “Voilà mes photos… je crois.”

Paf ! En effet.

Elles ne sont pas tout à fait sèches.

J’en ai une tête la-dessus ! Un vrai sioniste. Et mon staphylo… ! il se voit rudement, la vache ! Je suis un gros staphylocoque entouré de poils. En quatre exemplaires.

“Vous n’êtes pas mal !”

Mon voisin est penché sur mon épaule.

Je fais la moue.

“Si, si, je vous assure, ce n’est pas si mal pour du Photomaton ! Moi, qui vous parle, par exemple, je ne suis pas, mais alors pas du tout photogénique. Vous allez voir !

Il était somme toute assez sympa ce type. Décontracté, expansif, il me rappelait le Brésil. Les gens à Paris se croisent, se jettent des regards en coin, la mine serrée, c’est épouvantable. On ne s’en rend pas toujours compte, mais quand on revient du Brésil c’est criant ce que les Français ont le cul serré ! Lui, non, il discute, il commente, il fait attention aux autres.

— Je suis un peu anxieux, vous ne voulez pas rester encore un peu, le temps que mes photos soient prêtes ?

Je n’avais pas grand chose à faire ce jour là, à part des photos, et comme je m’ennuyais un peu, il faut bien le dire, je répondis : « Si vous voulez. Je n’ai pas grand chose à faire. Si ça peut vous rassurer ! »

— Vous êtes grand, monsieur, vous êtes grand !

— Comme vous y allez, c’est bien peu de chose !

— Si, monsieur, les gens comme se font sont rares, croyez moi. Ici en France, on est morne, égoïste, arrogant, on ne pense, passez-moi l’expression… qu’à sa petite gueule !

Je lui réponds que je suis plutôt d’accord avec lui, mais qu’au Brésil c’est très différent. On ne s’imagine pas, en France, qu’il puisse y avoir une façon de vivre autre que la sienne, et que…

— Vous connaissez le Brésil, me coupe-t-il, ça alors…! ça alors…! Ah ! mes photos !

Je me penche sur son épaule.

— Vous n’êtes pas mal non plus. Vous avez choisi le fond blanc ! Vous avez raison. C’est plus gai. C’est mieux, pour le teint. J’aurais du faire comme vous. J’ai une de ces mines là-dessus !

Le type regarde à nouveau mes photos tout en secouant les siennes pour qu’elles sèchent :

— Vous avez peut-être raison. De toute façon, pour l’usage qu’on en fait ! Vous, c’est pour quoi, une carte d’identité ?

—  Permis de conduire. Et vous ?

—  C’est pour un passeport.

Je lui dit que c’est bien suffisant pour un passeport.

— Pardonnez-moi… mais une chose m’intrigue…

Il me dit :

— Quoi ? C’est mes cheveux qui vous intriguent, c’est ça ?

— Oui, je me demandais si c’était naturel ?

— Tss ! tss ! pensez-vous ; c’est une couleur ! Un henné, ça s’appelle. C’est ma soeur qui fait ça. C’est extrêmement tenace. Ca fait une semaine que je me lave les cheveux deux fois par jour. Ainsi, vous connaissez le Brésil ?! J’ai de très bons amis à Paris, brésiliens, ils tiennent un restaurant. En voilà des gens qui savent vivre. Pas comme ici.

Comme la conversation s’essoufflait un peu, je me préparais à prendre congé. Il me prit par le bras et me dit qu’il me trouvait très sympathique pour un Français.

— Pourquoi ? Vous n’êtes pas Français ?

—Fouchtra ! Pur jus ! Normand par ma mère, flamand par mon père. Et, croyez-moi, je le regrette. On peut boire un verre si tu veux !?

Je bredouille que j’ai un certain nombre de choses à faire, mais comme il insiste, et qu’il a l’air un peu paumé…

“D’accord, mais cinq minutes.”

Nous voici sur la Place de l’Opéra, tenant tous deux nos photos à la main. Je glisse les miennes dans mon vieux portefeuille. A la lumière du jour, ses cheveux me semblent plus rouges encore.

— Je suis photographe de mode. Et toi ?

— C’est drôle, moi aussi ! Pub, illustration, catalogue.

J’avais acquis une sorte de méfiance envers les photographes, (ou prétendus tels). D’ailleurs ne m’avait-il pas dit, tout à l’heure, qu’il était dans l’informatique ? Il valait mieux que je parte.

— Écoutez, lui dis-je, il se trouve que j’ai oublié un rendez-vous assez important. Il faut impérativement que je m’en aille, sous peine d’être en retard.

— Tant pis ! Boulot, boulot ! On boira un verre une autre fois. Car on se reverra, n’est-ce pas ? Ca embellit la vie de rencontrer des gens comme toi.

Je le remerciai. Nous restâmes quelques minutes encore sur le terre-plein central de la Place de l’Opéra à échanger quelques banalités, puis je regagnai le métro.

En passant devant le petit maroquinier, je me fis la promesse de changer de portefeuille dès que j’en aurai les moyens.

 

 

Les années étaient passées. Je vivais seul, à présent, dans une petite maison qu’on me louait gracieusement dans la banlieue parisienne. Depuis longtemps j’avais laissé le métier de photographe pour faire carrière dans le cinéma. Je serai un grand cinéaste ! Cinq ans. Voilà le délai que je m’étais fixé pour présenter mon premier film au Festival de Cannes. Je travaillais d’arrache-pied à un scénario qui allait faire grand bruit.

Pour l’heure, mon portefeuille était véritablement en lambeaux et… vide, comme l’était mon existence.

Le travail par intérim m’assurait l’ordinaire. Le type, à l’agence, qui était plutôt sympa, me disait : « Puisque vous êtes photographe, vous devez savoir faire tourner une offset ? Imprimeur, photographe, c’est un peu pareil, non ? »

Je faisais la moue. Il ajoutait :

— A votre place je réfléchirais. C’est une mission de quinze jours !  Vous prenez ou vous ne prenez pas ?

Ainsi j’acceptai toutes sortes de missions aussi absurdes les unes que les autres. Je fus successivement manutentionnaire à la Maison de la Radio, menuisier dans une entreprise de boulons, tireur de plans dans une entreprise de roulements à bille, télégraphiste, conducteur offset, et repasseuse à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye. Les fins de mois étaient une vraie torture. Je passais mes journées à rêvasser devant ma page blanche et voyais tous les ans venir avec effroi chaque festival de Cannes.

Les rigueurs de l’hiver, me rendaient malhonnête. La maison étant mal isolée, j’étais contraint de bloquer mon compteur électrique. Il se passait des fois plusieurs jours sans que je ne parle à personne, le passage du facteur étant, à cette époque, à peu près ma seule distraction.

Or, un jour, justement, il vint me voir et me dit ceci :

— Mon ami, j’ai deux lettres pour vous, ce matin. Seulement voilà, il y en a une bonne et une mauvaise ! Devinez laquelle est la mauvaise !?

César était de la Guadeloupe. Je l’aimais bien. C’était un facteur peu ordinaire. Je crois qu’il m’aimait bien aussi. Direct, sympa, spirituel et facétieux, il pouvait parfois être aussi un peu cruel. Il disait avoir une maîtrise de lettres. « C’est bien le moins pour un facteur ! » plaisantait-il. Souvent, il s’attardait un peu en ma compagnie, et me racontait sa vie, là-bas, en Guadeloupe : son village sur la colline, la Soufrière ; les colibris qui volent en arrière. Ca me faisait rêver. J’imaginais les crabes qui envahissent, le soir, les chemins de terre ; les dévastations ; les ouragans aux petits noms charmants.  Il disait, en parlant de son peuple : « Notre âme est pleine d’ouragans alanguis… » C’était un poète. Il avait deux passion dans sa vie : la littérature et le vélo. Un jour il lui avait fallu faire un choix. C’est pour ça qu’il était facteur.

— Alors, celle-ci, ou celle-là ?

Il y en avait une bleue et une blanche.

A tout hasard, je pris la bleue.

— Gagné !

C’était un pli, très pâle, biffé d’un bandeau aux couleurs de la République. Je la tournai en tous sens. Sans comprendre.

— Et maintenant… la bonne !

C’était la facture du téléphone.

Sacré César ! Il s’éloigna sur son vélo en riant aux éclats.

Ce qu’il prétendait être une mauvaise nouvelle devait être tout simplement ma carte d’électeur. Je venais tout juste de m’inscrire sur les listes électorales.

Hanté par une sorte de crainte diffuse, je n’osais cependant pas l’ouvrir.

En haut et à droite, il y avait un coup de tampon mal appliqué, presque illisible :  — Comm ariat de Polic.

Le compteur électrique ! L’employé était passé il y a peu ; et je me rappelai qu’il avait tapoté de la pointe de son stylo les plombs du compteur. Il n’avait rien dit sur le moment car il était sûrement un peu lâche, mais il avait certainement découvert mon astuce et il s’était empressé de me dénoncer, de faire un rapport.

Je décachetai l’enveloppe en tremblant.

— Veuillez vous présenter au commissariat de Police le tant, à telle heure, muni d’une pièce d’identité —

C’était bien cela ! Je décidai aussitôt évidemment de ne pas m’y rendre. Il me fallait fuir au plus vite, dès demain, disparaître au plus loin, n’importe où. En Guadeloupe par exemple.

 

 

La femme en uniforme portait un gros revolver sur la hanche. Elle m’accompagna jusqu’à un petit bureau, où elle m’offrit un siège et me pria de patienter. Le commissaire était occupé, il allait me recevoir d’un instant à l’autre.

Je me retrouvai seul. J’avais peur.

Par la porte entrouverte, m’arrivaient des bruit de pas, de machines à écrire, des voix graves et des rires. Il y avait des traces de doigts sur les murs.

Près de moi, sur le bureau se trouvait une machine identique à la mienne. A côté, une pile de carbones. Sur cette pile de carbones, maintenant le tout, une paire de menottes.

Un agent en tenue fit une brève apparition dans l’ouverture de la porte. Il me jeta un coup d’oeil bref et indifférent, puis disparut.

Je sentais depuis un moment une présence derrière moi, comme un regard qui me chauffait le dos. D’un bond, je me retournai sur moi-même… le Président de la République me souriait.

Je me détendis un brin, et j’allais allumer une cigarette, quand un monsieur très mal habillé fait irruption dans la salle. Il serre un sandwich dans une main, un coca dans l‘autre. Je me lève, comme il se doit, pour le saluer.

Son casse-croûte coincé entre ses dents, il me tend une chose froide, petite, et moite, puis il s’assoit, et me dit en prenant soin de ne pas croiser mon regard :

— Jeune homme, autant vous prévenir… je n’irai pas par quatre chemins !

De son index il fait glisser une petite photo sur le bureau.

— Connaissez-vous cet individu ?

Je me penche :

— Pas du tout !

— C’est que vous avez mal regardé ! Prenez votre temps.

Que dire ? C’était un homme… banal… jeune… souriant… genre… grosse mâchoire et cheveux roux…

— Non, monsieur, cette tête ne me dit rien du tout !

Il sirotait son coca.

— Très bien ! A présent, tournez la photo, s’il vous plaît!

Il me regardait pour la première fois. Son regard bleu était vitreux, à la fois dur et mou. Le blanc de ses yeux était jaune, avec, tout au fond, une vague lueur d’humanité.

— Je vous demande de tourner la photo !

Je ne voyais pas très bien où est-ce qu’il voulait en venir, mais j’obëis. A l’envers comme à l’endroit ce visage ne signifiait rien pour moi. Je le lui fis savoir. Il fronça les sourcils :

— Au DOS de la photo !

Je ne m’étais jamais sentis aussi crétin dans les yeux d’un fonctionnaire de police.

Je plissai les miens pour mieux voir :

— Alors ?!

C’était stupéfiant. Mon nom et mon numéro de téléphone étaient inscrits au stylo-bille.

— Je… je… ne comprends pas… vraiment… je ne comprends pas ! Je vous assure que je ne comprends pas ! Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas !

Le commissaire me toisait en mastiquant son sandwich.

— Vous ne comprenez pas ! Qu’est-ce que vous faites comme métier ?

— Conducteur offset !

Je ne savais plus ce que je disais.

— C’est à dire ?

— En fait, non, je suis photographe… enfin, cinéaste. Scénariste ! très exactement.

— Vous faites des films, c’est ça !

— C’est ça !  Enfin, j’essaie…c’est un métier difficile !

Par quel maléfice, mon nom et mon numéro de téléphone avaient pu atterrir au dos d’une photo d’un type que je ne connaissais même pas.

— Quel genre de films ? Policier ? Navarro ?

— Pas exactement. Je dirais psychologiques, plutôt. Pardonnez-moi commissaire, si je suis indiscret, mais une chose m’intrigue : qu’est-ce qu’on reproche à ce monsieur ?

Le commissaire me regarda alors fixement.

Je me fis fort de soutenir ce regard.

Il finit de boire sa gorgée de Coca, et, tout en me regardant, il s’essuya la bouche du revers de sa main. Puis, il baissa les yeux.

Il resta ainsi un long instant à regarder intensément son bureau… Il devait chercher ses mots, pensais-je, ma question devait l’embarrasser. Comme je suis poli, j’attendis.

Au bout d’une minute ou deux, je me demandai s’il m’avait bien entendu. Car il ne bougeait pas. Absolument pas. Bloqué. Comme si quelque chose en lui était grippé. A peine, s’il respirait.

Puis, peu à peu, il se mit à suffoquer, à devenir tout rouge. Il était pris d’un malaise. Tout d’un coup, un spasme, affreux, commença de lui soulever la poitrine. Une vague énorme, venue des tréfonds de son être, qui le fit se redresser, lentement, avec douleur. Ses yeux, plus vitreux encore, semblaient appeler du secours. Ses joues étaient blêmes. J’allais me lever pour chercher quelqu’un, quand surgit, d’un coup, d’entre ses lèvres closes, qui se mirent à vibrer, un rot sonore et colossal.

—  Pardonnez-moi, … c’est le coca… c’est les bulles… Quelle était déjà la question, ? ah oui ! On a eu des plaintes, figurez-vous. Il semblerait que… ce monsieur… soit… (il croqua dans son sandwich) un… un… harcheleur sekchuel!

— Un quoi ? m’exclamais-je en sautant sur ma chaise.

— Un harceleur sexuel ! Un pervers. Un maniaque, si vous préférez!

— Ah ! bon ?! Un harceleur sexuel… Comment ça ?

— Au téléphone. Il fait du harcèlement sexuel au téléphone. Il appelle des gens, n’importe qui, des femmes surtout — la nuit de préférence — et déblatère toutes sortes d’insanités. Puis il raccroche. Il ne vous aurait pas appelé par hasard ?

— Moi ? Écoutez, non ! je ne suis pas une femme. Je ne me souviens pas !

— Soyez sûr que s’il l’avait fait, vous vous en souvillindrez !

— Souviendriez ! rectifiai-je.

Le commissaire se leva d’un bond. Il allait me frapper. Il s’écria :

— Jeune homme, je ne vois aucune raison de vous retenir plus longtemps ; étant entendu que… si vous aviez des nouvelles de cet individu, vous ne manqueriez pas de me prévenir. N’est-ce pas ?

Pourquoi est-ce qu’il m’appelait jeune homme ? De quel droit ? Je n’étais plus si jeune ; et j’avais tout de même derrière moi assez d’expériences et assez d’épreuves qui m’avaient sérieusement endurci. Notamment au Brésil. Mais bon, j’étais tiré d’affaire maintenant. J’étais soulagé. Une polémique à ce sujet et dans ce lieu ne me semblait pas vraiment judicieux.

— Naturellement commissaire, que je vous préviendrais, mais c’est tellement improbable…

Il me prit par le coude et me poussa vers la sortie :

— Au revoir, jeune homme. N’oubliez pas votre carte d’identité à la réception…

Il cligna d’un oeil goguenard :

— … Ca peut toujours servir!

Je m’éloignai à reculons, en riant moi aussi.

— C’est sûr, monsieur le commissaire ! Au revoir monsieur le com…

Il avait disparu.

 

 

Le festival de Cannes était dans trois mois. Je n’avais plus un instant à perdre.

Trois pages. J’avais écrit trois pages à mon scénario. Trois malheureuses petites pages, que j’avais noircies avec tant d’ardeur, durant ces longs mois, et qui n’offraient qu’une brève description, mais très minutieuse, du décor principal de mon film, c’est à dire ma chambre. L’action, elle, était au point mort. J’envisageais déjà de m’octroyer une année supplémentaire.

Un personnage principal ! Il me fallait inventer un personnage principal, quelqu’un de mystérieux, d’insaisissable, une personnalité complexe, au passé obscur, ou bien menant une double vie, que sais-je…? Oscar ? Qu’est-ce-qu’un facteur viendrait faire dans une histoire psychologique.

C’est alors que je me mis à penser intensément.

Comment… me dis-je, comment… un individu pareil pouvait-il avoir mes coordonnées ?

Mais bien sûr ! m’exclamai-je en tapant dans mon poing et en pensant à la photo ! Au type du Photomaton ! Au photographe au henné ! Tout me revint d’un bloc : notre discussion sur le Brésil, nos échanges de coordonnées sur le trottoir, place de l’Opéra. C’était il y a si longtemps. Il fallait immédiatement que je retourne au commissariat pour tout raconter. Je me levai précipitamment.

Mais pour dire quoi au juste : que ce type m’avait semblé un peu bizarre, et plutôt sympathique ; qu’il m’avait menti sur son métier ; quoi d’autre ? que sa soeur était coiffeuse ? Non. Ca ne ferait pas avancer l’enquête ; et puis j’avais suffisamment perdu de temps comme ça. Je me rassis.

Et pourquoi… pensais-je, alors, pourquoi ne pas faire une toute petite chose… pour commencer… une petite chose, modeste, un court métrage… un court métrage… c’est bien cela… autour d’une histoire légère et sans prétention. Une histoire courte, donc, rigolote. Je pouvais l’écrire en quelques jours, la tourner en quelques semaines, et puis, en me dépêchant un peu, présenter mon premier film au festival de Clermont-Ferrand !

Cela me sembla tout à coup beaucoup plus à ma portée. Comme quoi, parfois, il suffit de peu de choses.

C’est ainsi, dans cet état d’esprit que, délesté d’une charge immense, je me mis à réfléchir …

 

« Il me fallait des photos. Des photos de moi. D’identité. Je me rend donc dans le métro, à la station Opéra, où je sais qu’il  y a un photomaton près des tourniquets, en face d’un petit maroquinier…

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